Idelette Perrelet (1894-1981)
- Victoria Afanasyeva
- il y a 1 jour
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Portrait d'une militante antialcoolique, correspondante, traductrice, Résistante, membre du conseil municipal de la Ville-d’Avray.
Idelette Alice Perrelet est fille de Paul Henri Perrelet (1868-1953), pasteur et président du comité parisien de la Croix-Bleue (association antialcoolique protestante). Comme ses parents, ses tantes et oncles et sa petite sœur Suzanne, Idelette s’engage elle aussi dans la lutte antialcoolique.
Vers 1920, elle est d’abord membre actif d’une section de la Croix-Bleue de Boulogne-sur-Seine/Ville-d’Avray. En 1925, Idelette Perrelet cherche à ranimer le Ruban Blanc, branche française de l’Union mondiale chrétienne des femmes pour la tempérance (WWCTU), créé en 1908, resté longtemps inerte et anéanti par la création de l’Union des Françaises contre l’alcool. Elle assiste d’abord, en septembre 1925, à une Conférence international antialcoolique à Genève où elle mène des négociations avec la WWCTU en vue de la renaissance du Ruban Blanc et obtient une subvention. Idelette Perrelet devient secrétaire générale du Ruban Blanc français, tandis que sa mère Jeanne Perrelet, née Armand-Delille (1869-1939), remplit les fonctions de présidente. En juillet 1928, accompagnée par sa mère, la jeune femme représente le Ruban Blanc français au Congrès international de la WWCTU à Lausanne, et, en août 1931, au Congrès national des abstinents français à Bourges.
En 1932, Idelette Perrelet traduit en français la biographie de Frances Villard, fondatrice de la
WWCTU. Il s’agit sans doute de ce résumé que l’on retrouve dans La Française en 1939 : « Une pionnière : Frances Willard (1839-1898) », mais il est également possible que la traduction soit plus complète et éditée sous forme de brochure, car l’annonce de la parution de la biographie faite par le Journal de la jeune fille évoque une préface par Jeanne Pannier.
Les engagements antialcooliques d’Idelette ne se limitent pas aux associations protestantes Croix-Bleue et Ruban Blanc. Elle adhère également à la branche française de l’Ordre des Bons Templiers, œuvre de la franc-maçonnerie, et est élue membre du conseil d’administration de la laïque Ligue nationale contre l’alcoolisme. Représentant le Ruban Blanc, elle fait également partie de la commission de propagande inter-associative initiée par la Ligue nationale contre l’alcoolisme qui se réunit régulièrement dans les années 1930, et semble travailler aussi pour l’œuvre de l’Espoir (association antialcoolique protestante pour les enfants). Idelette Perrelet milite donc pour des associations exigeant l’abstinence totale (Croix-Bleue, Ruban Blanc, Espoir, Bons Templiers), mais ne dédaigne pas pour autant la tempérante Ligue nationale.
Parmi ses autres actions combats, que je ne peux qu’esquisser, il faut citer la politique et l’écriture. « Très attachée » au Parti démocrate populaire et écrivant régulièrement pour La Française (hebdomadaire féministe) sur des sujets politiques, Idelette Perrelet se présente aux premières élections municipales ouvertes aux femmes à la sortie de la Seconde Guerre mondiale (où elle est engagée dans la Résistance). Elle est élue membre du conseil municipal de la Ville-d’Avray en 1945 et réélue en 1947. En 1945, Idelette Perrelet fait partie de commissions municipales hygiène, travaux, cimetière, voirie, et de commission sociale en 1947. Elle est également déléguée du conseil municipal au bureau de bienfaisance.
Ses engagements multiples transpercent également les articles qu’elle écrit dans les années 1930 pour plusieurs journaux : en plus de La Française déjà mentionnée, on retrouve son nom dans L’éveil des peuples (hebdomadaire protestant) et Santé pour tous (mensuel familial). Les thématiques qu’elle y aborde vont des actualités antialcooliques et des bienfaits de la consommation de fruits aux engagements féministes et politiques, en passant par des tribunes sur la protection de l’enfance, le rôle des femmes et des thèmes religieux.
Pour illustrer ce billet, je ne dispose malheureusement d’aucune photo d’Idelette Perrelet (30/08/1894, Roubaix (Nord) – 07/01/1981, Gex (Ain)). En revanche, l’extrait du recensement de population de Ville-d’Avray de 1931 est très intéressant car il mentionne, pour Idelette, le secrétariat pour le Ruban Blanc comme profession, et reflète également divers engagements de la famille Perrelet-Armand-Delille : pastorat de Paul Perrelet, secrétariat pour les Œuvres de jeunes filles de Suzanne, activité artistique de l’autre sœur Monique, ainsi que la présence de deux étudiants étrangers, un Anglais et l’autre Tchéco-Slovaque.

Je remercie Dominique Claudius-Petit pour les informations qu'elle m'a communiquées sur l'activité d'Idelette Perrelet à Ville-d'Avray après la Seconde Guerre mondiale.

