• Victoria Afanasyeva

Carrie Nation, la dame à la hache

Kansas Saloon Smashers, 1901 (par Edwin S. Porter) :

Ce court-métrage est inspiré par les faits réels, survenus au début de l'année 1901 : à l'époque, une femme s'appelant Carrie Nation ["prononcez Nécheune", précise Le Radical, un quotidien français], détruit les vitrines dans plusieurs saloons et bars de Kansas à l'aide d'une hache, en compagnie d'autres femmes.

Carrie Nation, la dame à la hache. Wikimedia Commons

La presse française savoure les détails de cette "tournée antialcoolique" et n'hésite pas à traiter Carrie Nation de folle hystérique et instable. Lorsque les nouvelles sur l'emprisonnement de la femme et sur le diagnostique de sa folie survenue en prison atteignent le quotidien catholique L'Univers, un de ses journalistes n'hésite pas à écrire que Carrie Nation "état [folle] sans doute depuis longtemps déjà" (3 mai 1901). Avec ironie, l'auteur poursuit :

On a démontré depuis longtemps que l’alcoolisme conduit à l’aliénation mentale. Mais ce qu’on ne savait pas encore, c’est que la tempérance, quand on la pousse trop loin, peut avoir le même résultat.

Le XIXe siècle, quotidien républicain et conservateur, est plus réservé dans le choix de ses mots (22 février 1901) :

C’est bien d’être antialcooliste ; il ne faut pas l’être trop.

Une association féminine antialcoolique - l'Union Française des Femmes pour la Tempérance - prend la défense de Carrie Nation. Dans son bulletin, l'Union dénonce des railleries de la presse française et cherche non pas à innocenter la militante, mais à comprendre et à expliquer les raisons de ses actions violentes. L'auteur(e) anonyme de l'article admire l'énergie des Américaines et, en conclusion, conseille aux femmes françaises de s'inspirer de ce dévouement, "sans prendre en main la hache de Mme Nation".

Les actions de Carrie Nation sont très peu connues des chercheurs en France. Les sources ne manquent pourtant pas : des centaines de résultats sur Gallica permettront de suivre et d'analyser l'engouement médiatique envers cette affaire, au moment des faits aussi bien que plusieurs années plus tard.