• Victoria Afanasyeva

Emma-Camille Nallet-Poussin

Née Lavallée-Poussin (17/08/1853, Paris 2e ancien - 29/05/1932 Paris 9e). Peintre, sculptrice et membre de la ligue antialcoolique de "La Prospérité".


"La Prospérité" est une petit société antialcoolique, fondée en 1896 à Paris par Frédéric Schaer-Vézinet, médecin masseur d'origine suisse. Neutre en matière de religion, cette association prône l'abstinence totale de toutes les boissons alcooliques et publie un périodique éponyme.


En 1904, Emma Nallet-Poussin, artiste-peintre "de grand talent" (La Prospérité, 5 mars 1904), rejoint le conseil d'administration de la société. Pour le moment, l'on ne sait pas de quelle manière cette femme se rapproche de "La Prospérité". Elle fait probablement connaissance d'un ou des membres de cette société lorsqu'elle remplit des missions bienfaitrices au nom de la Société polytechnique de sauvetage (dont elle est membre à partir de 1897). Emma Nallet-Poussin donne, à Lagny (actuellement commune de Seine-et-Marne) des cours publics sur divers sujets relatifs à l'hygiène, et participe aux manifestations artistiques, avec des chansons et des récitals de poésie.

En janvier 1902, l'artiste-peintre fait une conférence antialcoolique à Lagny, sur l'invitation de la "Ligue antialcoolique de Lagny" (Journal de Seine-et-Marne, 19 janvier 1902) :

[...] On savait depuis longtemps que Mme Nallet-Poussin avait toutes les compétences et que son esprit curieux aimait à vagabonder tour à tour dans les jardins fleuris de l’art et de la littérature comme dans le domaine, aux plus hautes et non moins belles cultures, de la science. On ne s’était point mépris sur la diversité de son talent. Elle a brossé [...] un beau tableau des ravages individuels et sociaux qu’entraîne l’abus du redoutable poison. [...] elle a tout de suite captivé son auditoire par le charme d’un débit clair, ferme, précis, par la correction d’une phrase dont l’élégance n’excluait pas la vigueur démonstrative, par une chaleur d'argumentation enfin qui forçait l’attention de ses plus jeunes auditeurs. [...]

Son rapprochement avec l'œuvre antialcoolique pourrait donc survenir à ce moment-là. Il est possible également que Frédéric Schaer-Vézinet, président de "La Prospérité", demande à l'artiste des illustrations pour son livre L'Art de bien se porter, paru au début de l'année 1904 et fondé sur des conférences générales sur l'hygiène que le militant donne à partir de 1899. Sans doute, le sujet de l'hygiène rapproche ces deux personnes.


Emma Nallet-Poussin est d'abord nommée suppléante du secrétaire de "La Prospérité", puis vice-présidente, la fonction qu'elle remplit jusqu'en 1907. La femme assiste régulièrement à des réunions, des conférences et des manifestations publiques, organisées par l'association, et prend elle-même la parole à quelques reprises. Par exemple, le 15 février 1905, lors d'une soirée antialcoolique à la mairie du 10e arrondissement, Emma Nallet-Poussin prononce, devant plus de 800 personnes, un discours sur le rôle de la femme dans la lutte.

À la fin, elle interprète une saynète avec un autre militant et orateur.


L'artiste-peintre met également ses savoirs professionnels à profit de "La Prospérité". La société organisant à deux reprises un concours de propagande - le premier consiste à envoyer 18 recettes hygiéniques (12 plats et 6 entremets) et le second à amener le plus grand nombre d'abonnés à la revue ou d'adhérents à la société - Emma Nallet-Poussin s'engage à offrir le portrait à l'huile au / à la gagnant-e.

Au début de l'année 1905, quand "La Prospérité" transfère son siège social de 107 boulevard Magenta à 5 rue Guy-Patin (Paris 10e), l'artiste s'occupe de la décoration des murs du local.

Enfin, ses gravures et ses illustrations servent d'illustrations aux publications dans la revue :

Il paraît que "La Prospérité" cesse d'exister en 1907. Les liens d'Emma Nallet-Poussin avec le mouvement antialcoolique s'estompent aussi à ce moment-là.

Cette artiste, élève de Charles Valton, sculpteur animalier, ne semble pas être particulièrement connue. Je n'ai trouvé que deux reproductions de son œuvre : un paysage, sur un site d'une restauratrice, et deux portraits, sur un site de ventes aux enchères. Son nom est pourtant familier à un certain cercle de personnes : suite à une vente aux enchères de son mobilier à 1919, Emma Nallet-Poussin se trouve mêlée d'une affaire de la "Tête d'Henri IV". On trouve quelques recherches sur l'artiste sur un forum des passionnés d'histoire.


Sans prétendre à l'exhaustivité, j'ai recensé les œuvres d'Emma Nallet-Poussin dans la liste suivante, grâce aux recherches par mots-clés sur Gallica et Retronews :

  • "Trop tard !" (1924 - "met en vedette des toutous, étudiés dans une note juste d'observation", Le Journal des arts, 19 avril 1924)

  • "Coin de Montmartre" (1922)

  • "Staff, chien griffon" (huile, 1912)

  • "Premiers chagrins" (1912)

  • "Permissionnaires" (1912)

  • "Miss Fey et ses chiens" (1912)

  • "Chanteur des rues" (1911)

  • "Sinistrés" (bas-relief, plâtre polychrome, 1910)

  • "Fuyant devant l'inondation" (bas-relief plâtre, 1910)

  • "Tête de Bretonne" (peinture 30x25, c. 1906)

  • "Au secours" (statuette, 1906 - "jeune femme nue qui se cramponne désespérément à un rocher envahi par la mer, d'une impression tragique" ©)

  • "Printemps" (gouache, 1905)

  • "Dans les blés" (1904)

  • "Carrière à Liancourt" (1903)

  • "Voilà l'ennemi !" (1902)

  • "Fais dodo Ninette" (1902)

  • "Paysage" (1901)

  • "Mendiante" (1901)

  • "L'heure de la soupe" (1896 - "Mme Nallet-Poussin a bien traité le sujet [misère affamée] dont elle atténue spirituellement la tristesse par la note d’un caniche noir qui fait le beau pour avoir sa part", L'Étendard, 24 février 1896)

  • "Portrait de Thivrier" (peinture, c. 1895)

  • "La Esméralda" (buste, c. 1895)

  • "Marée montante" (tableau, 1894 - "très louable")

  • "Portrait de Mlle B." (1893)

  • "Vieille église à Laiqueville" (1893)

  • "Carrière à Laiqueville" (aquarelle, 1893)

  • "Madame Duc Quercy" (1892 - "portrait très original")

  • "Premier songe" (buste, plâtre bronzé, 1892)

  • "Mlle J. C***" (aquarelle, 1891)

  • "Tête de chien" (1890)

  • "Jument" (cire, 1890)

  • "Flânerie" (1890)

  • "Un coin de mon jardin" (aquarelle, 1890)

  • "Candeur" (bas-relief, plâtre, 1890)

  • "La mère François" (aquarelle, 1890)

  • "Étude de roses" (aquarelle, 1890)

  • "Portrait de M. J. Valadon" (médaillon, plâtre, 1889)

  • Paysage (huile sur toile, 1889 - voir sur le site d'une restauratrice)

  • "Étude décorative" (aquarelle, 1888)

  • "Bords de la Marne à Chalifert" (aquarelle, 1888)

  • "La mère François" (aquarelle, étude, 1888)

  • "Portrait de Mlle R. D." (buste, plâtre, 1888)

  • "Portrait de Mlle M. M. de l'Académie nationale de musique" (buste, plâtre, 1887)

  • "Coquetterie" (peinture, 1887)

  • "Ophélie" (buste, terre cuite, 1886)

  • "La convalescente" (peinture, 1886)

  • "Les violons" (peinture, 1886)

  • "Une âme fervente" (médaillon, 1885)

  • "Tête de moine" (peinture, 1885)

  • "Mlle A. S." (peinture, 1885 - "toile sincère où les valeurs sont assez bien observées", L'Écho de Paris, 26 février 1885)

  • "Portrait de Mme A. F." (peinture 32x24, 1880)