• Victoria Afanasyeva

5 rue de Latran, Paris 5e

Siège social de l'Union Française Antialcoolique entre 1899 et 1905.


L'Union Française Antialcoolique (UFA), fondée en été 1895 par Paul-Maurice Legrain, est l'association qui démocratise le mouvement antialcoolique en France, jusqu'alors élitiste et principalement masculin. Quatre ans plus tard, près de 400 sections disséminées dans toute la France témoignent du succès de l'Union, tandis que la tenue du 7e congrès international antialcoolique à Paris démontre la reconnaissance de son action au niveau mondial.


Au début, l'UFA choisit comme siège social un petit local situé 5 rue de Pontoise, dans le 5e arrondissement de Paris. Au moment des préparatifs du congrès, le comité se rend compte de l'étroitesse des locaux et prend la décision de déménager :

En vue du Congrès, et étant donné l'impossibilité de recevoir des étrangers dans la mansarde qui nous avait jusqu'alors servi de siège social, nous sommes venus nous installer rue de Latran. (L'Alcool, janvier 1901).

(les photos sont prises par l'auteure le 24 juillet 2020)


Le nouveau local fonctionne comme un siège social classique : les personnes intéressées peuvent y écrire "pour recevoir imprimés, prospectus, formules d'engagements, catalogue de librairie, et, d'une manière générale, tous renseignements utiles soit pour la propagande individuelle, soit pour la formation de sections locales." (L'Alcool, octobre 1899). Il héberge également l'Union Française des Femmes pour la Tempérance (UFFT), fondée en avril 1899 par Maria Legrain, le Patronage familiale des buveurs (œuvre annexe à l'UFFT), et la Société antialcoolique des instituteurs et des institutrices, fondée en 1902.


Au moment de son installation à 5 rue de Latran, l'UFA décide d'embaucher un agent du siège social :

[...] il était indispensable que quelqu'un fut présent, plusieurs heures par jour, dans ce nouveau local, pour recevoir les personnes venant en quête de renseignements, et, éventuellement, soulager un peu notre Président [...] (L'Alcool, janvier 1901).

À l'occasion du premier congrès national antialcoolique, organisé à Paris en octobre 1903, l'UFA s'attend à recevoir la visite de ses collègues de province. Pour les accueillir en beauté, l'Union fait des travaux à l'intérieur et à l'extérieur du local dans le but de "présenter une œuvre modeste, mais très vivante, active, et fortement organisée pour la campagne de cet hiver." (L'Alcool, octobre 1903). La campagne en question est le premier recensement de toutes les sections antialcooliques en France :

Que de lettres ! Que de lettres ! Il nous en est arrivé, depuis trois mois, de pleines hottées ! Cinq ou six fois par jour, les facteurs de la rue de Latran remplissaient notre boîte devenue trop petite. Au siège social, nos deux auxiliaires dépouillaient tous ces papiers, les classaient méthodiquement, puis, la réponse faite, les rangeaient dans nos dossiers. Et ces dossiers eux-mêmes se gonflaient à vue d'œil, s'hypertrophiaient à qui mieux mieux, et donnaient tous les jours plus de soucis à votre secrétaire général, qui se demandait comment il pourrait bien y pratiquer quelques saignées. (L'Alcool, décembre 1903).

Malgré ces écrits optimistes, les affaires de l'Union Française Antialcoolique ne marchent plus. Les groupements de propagande se démultiplient et leurs discours manquent de cohérence et de cohésion. La fusion des forces, voulue et préparée par Paul-Maurice Legrain depuis le début, échoue ; ses opinions rigides empêchent les recherches d'un accord et compromettent sa position du leader du mouvement antialcoolique français. En 1905, l'Union Française Antialcoolique périclite au profit de la Ligue Nationale contre l'alcoolisme.