• Victoria Afanasyeva

Médailles de la Société Française de Tempérance

La Société Française de Tempérance (SFT), créée en 1872 sous le nom de l'Association contre l'abus des boissons alcooliques et devenue la Ligue Nationale contre l'alcoolisme en 1895, est la principale association nationale. Dès le début ses dirigeants élaborent un programme d'actions auquel le groupement reste fidèle pendant trente-trois ans jusqu'à la fusion de la SFT avec une autre association antialcoolique. Ses deux modes d’action sont la distribution des récompenses aux personnes tempérantes et l’organisation des concours des mémoires «sur les dangers de l’intempérance». Ils permettent de mobiliser la population extérieure à l’association et de contribuer à la propagation des idées antialcooliques auprès du grand public.


Ce post aborde le premier modus operandi de la SFT qui est la distribution annuelle des récompenses pour les «personnes qui se signalent par leur propagande en faveur de la tempérance», et présente les médailles décernées dans le cadre de cette opération. Les médailles sont d'argent, de bronze ou de vermeil, et celles de bronze s'achètent aujourd'hui facilement sur les sites de collectionneurs voire même sur leboncoin.

Médailles décernées par la SFT. À gauche – avant 1895, à droite – après 1895, lorsque la SFT commence à utiliser le nom de la Ligue Nationale contre l’alcoolisme (bronze, collection de l’auteure).

Le revers de la médaille est seulement orné d'une branche de feuilles et de fleurs, et certains lauréats font graver leur nom dans l'espace laissé vide. Ci-contre la médaille de bronze décernée en 1877 à Pierre Bonnafour (1823-1878), ouvrier fumiste à l'hospice de la Salpêtrière.

Médaille de bronze décernée à Pierre Bonnafour en 1877 (Delcampe, boutique du vendeur damsdu08). Le lauréat a également reçu une somme de 25 francs et s'est fait nommé membre associé de la SFT.

À partir de 1873, «instituteurs, chefs d’ateliers, contremaîtres, ouvriers, serviteurs et autres personnes» – les «autres» personnes «laborieuses» – peuvent demander une récompense ou être recommandés à la SFT par leurs patrons, à condition de pratiquer une tempérance exemplaire. Les instituteurs sont distingués dès 1876 non pour leur abstinence ou tempérance personnelle, mais pour l’influence qu’ils exercent sur leur entourage.

Dans un premier temps, la commission des récompenses de la SFT ne décore que des hommes en expliquant que ceux-ci ont besoin d’encouragement pour mener une vie sobre, tandis que chez les femmes, la tempérance est «une qualité innée». Toutefois, en 1884, la SFT se dit obligée de «faire une exception» et d'accorder une médaille d'argent à une femme, Eugénie Ducé (1837-1884), institutrice dans le Jura. Cette première distinction tempérante féminine crée un précédent, et les institutrices sont dorénavant régulièrement décorées.


À part les médailles, les lauréats se voient attribuer des sommes d’argent sous forme de livrets, des diplômes d’honneur, des abonnements aux périodiques publiés par la SFT et, enfin, le statut de membres associés. La plupart de récompenses sont envoyées par voie postale, mais leur annonce et la distribution officielles sont organisées à Paris une fois par an au printemps, dans une ambiance solennelle.

Liste des employés de l'Hospice de la Salpêtrière, distingués par la Société Française de Tempérance en 1877 (La Tempérance, 1877, p. 136). En premier lieu, Pierre Bonnafour, dont la médaille a été vendue sur le site de collectionneurs.