• Victoria Afanasyeva

15 octobre 1900 - conférence antialcoolique féminine de Maria Legrain

Conférence donnée devant 300 ouvrières dans le château Montcel (Jouy-en-Josas, Yvelines).

Château Montcel, façade Ouest. Carte postale, après 1968. Delcampe, boutique du vendeur Herve76

Le Château Montcel, situé dans la commune de Jouy-en-Josas, appartient à la famille Mallet au tournant des années 1900. À quelques reprises, Madame Henri Mallet (née André, 1833-1907) ouvre les portes du château aux événements antialcooliques. La femme est elle-même membre du conseil d'administration de l'Union Française Antialcoolique et adhérente à l'Union Française des Femmes pour la Tempérance : les deux œuvres sont dirigées par le couple Legrain. Madame Mallet crée également une section enfantine de tempérance à Jouy-en-Josas.


L'Union Française Antialcoolique caractérise ainsi la commune de Jouy-en-Josas (L'Alcool, février 1901, p. 29) :

Cette charmante commune des environs de Paris, grosse seulement de 1485 habitants, est plus empoisonnée que les communes normandes. Qui le croirait ? On y a consommé en un an 30.330 litres d'absinthe et liqueurs, soit 20 lit. 42 par habitant. Il y a 25 débits, un pour 58 habitants. On y a dépensé en alcool en un an 94.000 francs.

La situation se présente donc très alarmante, et le couple Legrain décide d'agir et de mener son action auprès des femmes, considérées comme principales victimes de l'alcool (et de l'alcoolisme). En octobre 1900, Madame Henri Mallet prête son château à l'organisation d'une conférence antialcoolique par Maria Legrain. L'événement a lieu à l'orangerie et rassemble près de 300 ouvrières, employées sans doute au Moulin de Jouy et à l'usine Agostini. L'assistance aura été attentive et aura vivement applaudi l'oratrice (Le Temps, 16 octobre 1900).


La conférence est consacrée à l'alcool, "l'ennemi de la femme" (ibid.). Selon Le Constitutionnel, "la sympathique et courageuse propagandiste a traité la question à un point de vue original, mais aussi fort juste et fort intéressant." (20 octobre 1900). Le Temps (16 octobre 1900) précise que Maria Legrain a construit son discours autour de trois périodes de la vie de femme lorsque celle-ci peut (et doit) combattre l'alcool :

- ainsi, le rôle de la jeune fille "est de n'épouser jamais un buveur" ;

- après le mariage, la femme doit veiller aux "soins donnés à son intérieur", au "choix des aliments pour les repas", bref, en remplissant ses fonctions d'ange de foyer ;

- enfin, le rôle de la mère "est plus essentiel encore, naturellement".

La mère [...] doit être tempérante à l'excès, même nourrice. Le lait prend pour une grande part les qualités "offensives" des liquides absorbés par la nourrice. Riches ou pauvres, si vous voulez être certaines d'avoir un enfant robuste, ne faites boire à vos nourrices que de... l'eau.

Cette conférence serait passée inaperçue, mêlée à des dizaines d'autres données à cette "Belle époque de l'antialcoolisme". C'est l'engouement médiatique qui l'a mise en lumière : des grands quotidiens comme Le Temps et Le Conditionnel, ou encore Le Siècle, Le XIXe siècle et le mensuel La Revue philanthropique, ont publié des brèves sur l'événement. Cet intérêt médiatique pourrait s'expliquer par un format inhabituel de la conférence à Jouy-en-Josas : Maria Legrain est l'une de rares femmes militantes antialcooliques qui "prêche" devant une assemblée de femmes ouvrières en province. Il est probable aussi qu'une sorte de communiqué soit envoyée aux périodiques par les organisatrices et les organisateurs, pour donner de la visibilité au mouvement antialcoolique.